Une aventure européenne

Une aventure européenne

Aventure Européenne

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XVe siècle

Aventure Européenne

Le XVe siècle constitue un nouveau tournant dans l’histoire trois fois millénaire du sucre. Venise s’est progressivement octroyé le monopole commercial de cet or brun, et s’appuie sur Bruges et Anvers pour le diffuser vers l’Europe du Nord. La Cité des Doges est d’ailleurs à l’initiative de la construction de la première raffinerie.

L’insolente réussite de Venise fait des envieux. Parallèlement, les rendements sur les îles de la Méditerranée diminuent. La canne est une plante exigeante qui appauvrit très vite les sols. Il faut à la fois de nouvelles terres, et des capitaux importants pour financer la culture et la transformation du sucre. Les Génois, les Espagnols, les Portugais, les Flamands investissent…

XVIe siècle

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Les Portugais seront les premiers à tirer profit de ce nouvel essor. Dès la moitié du XVe siècle, ils installent des plantations et des raffineries à Madère, un archipel situé dans l’océan Atlantique au large du Maroc. Des marchands de Flandres et d’Italie s’installent et assurent l’exportation du sucre vers La Rochelle, Rouen, Gênes, Venise, Bruges, l’Angleterre. Ils répètent l’expérience sur l’archipel de Sao Tomé-et-Principe, dans le Golfe de Guinée, au large du Gabon. Des premiers pas avant le grand saut vers les Amériques…

Excellents navigateurs, les Portugais sont animés par l’esprit des grandes découvertes. Si la quête d’or et d’épices des Conquistadors ne fut pas un succès, il en alla autrement avec la canne. Le sucre devint très vite le premier enjeu du commerce international. Avec son corollaire : le trafic d’esclaves.

À partir de Madère, les Portugais acheminent technologies et matériel au Brésil dès les premières années du XVIe siècle. « Durant la période 1560-1630, l’économie sucrière brésilienne va connaître sa grande expansion. La production de Madère, des Canaries et de Sao Tomé s’étant essoufflée, du fait de l’épuisement des sols et du manque de bois pour les fabriques, le Brésil devint, dès cet instant, le principal producteur de sucre du monde (…) Sa suprématie durera jusqu’aux années 1680. »* Ils restent maîtres du jeu jusqu’en 1630. « Le Portugal tomba sous le joug de l’Espagne, et les établissements des autres nations européennes dans les Indes occidentales, s’apercevant que les consommateurs manquaient en Europe pour le tabac et les autres denrées coloniales, commencèrent à songer au sucre. »** Puis ce sont les Anglais et les Français, aux Antilles, qui prennent le relais.

* La route du sucre, Emilie Eadie , Ibis Rouge Editions, 2000, p.28-29

** L’Industrie du sucre, Louis Figuier, Editions Comedit, 1995

XVIIe siècle

• Au début du XVIIe siècle, les Antilles françaises sont des colonies de peuplement. Les premières plantations de canne ne voient le jour qu’en 1643, après l’échec de la culture du tabac. Très vite, les sucreries se multiplient à la Martinique, la Guadeloupe et Saint-Domingue. En métropole ce sont les raffineries qui fleurissent sous l’impulsion de Colbert : à Bordeaux et Nantes, mais aussi Marseille, Rouen, La Rochelle. « (…) Bordeaux, qui, travaillant à la fois avec les iles d’Amérique, les autres pays d’Europe et les Etats-Unis, prit rang de capitale du sucre. » ***Elles travaillent d’abord le sucre brut des Canaries, de Madère, et du Brésil, puis développent leur activité grâce à l’expansion des cultures de canne dans les îles du Nouveau Monde.

*** Le Grand livre du sucre, A.Perrier-Robert, MP Bernardin, Editions Solar 1999

XVIIIe siècle :

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Le Siècle des Lumières sera le siècle de la domination française. Le sucre devient l’élément majeur de l’économie et donc de la politique européenne. La maîtrise du commerce du sucre est un facteur non négligeable dans le déclenchement de certains conflits, notamment avec l’Angleterre. C’est le cas de la guerre de 7 ans (1756-1763), à l’issue de laquelle la France n’hésitera pas à renoncer au Canada au profit des Anglais plutôt que de perdre ses « isles à sucre ». En 1789, l’excédent de la balance française des comptes dépend exclusivement des colonies, c’est-à-dire des iles sucrières. L’économie française s’est en partie « colonialisée ».

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